Joël Demarty

J'ai passé 9 ans à la Comédie Française

Avoir Joël dans son pool de comédiens voix off, c’est un honneur et un bonheur
A chaque séance, on se dit qu’il y a du niveau !
Joël DEMARTY derrière le micro, il n’enregistre pas : il interprète.
Normal, c’est un Comédien avec un C majuscule comme à Comédie Française.
Théâtre, ciné, télé, prof aux Ateliers du Sudden de Raymond Acquaviva au théâtre Montparnasse… à 66 ans, la retraite, Joël n’a pas le temps d’y songer : il a encore trop d’envies !
Le talent, l’expérience, la gentillesse, l’humilité et une énergie du tonnerre qui vous portent en séance. Avec lui on aime ça depuis plus de 20 ans. Mais 20 ans, quand on s’amuse, ça conserve !

INTERVIEW

Nos aventures communes tournent autour de la voix off, mais ton écosystème c’est LA comédie : comment tout cela a commencé ?

Ado, j’ai décroché du système scolaire. J’étais ailleurs… Du coup, j’étais mauvais élève ! Un jour, je suis allé voir Robert Hirsch dans «Les fourberies de Scapin» à la Comédie Française. Ça a été une révélation. Je me suis dis « c’est ça que je veux faire ». La seule condition de mes parents, c’était d’avoir le BAC. Je me suis inscris au Conservatoire municipal du 10e arrondissement à 16 ans et j’ai commencé les cours.
Poussé par mon prof, j’ai passé le concours du « Centre de la rue blanche» (en même temps que le bac) et j’ai eu les deux ! Donc, je suis rentré à «La rue blanche» à 18 ans et là, j’ai signé mon premier contrat en tant que comédien professionnel.
Ensuite, j’ai passé le concours d’entrée au Conservatoire et avant d’y entrer, on a créé avec Jean-Luc Moreau une troupe de théâtre pour jouer des pièces dans les petits villages de Provence.

Parti en Provence et vite revenu à Paris ?

Oui ! Un jour, nous étions en représentation à Vence pour «Harlequin, valet de deux maîtres». Un homme qui était en vacances dans le coin vient nous voir. Le lendemain nous avions 8 colonnes à la une dans le Figaro. Cet homme c’était Jean Anouilh. L’article était titré «La grâce». 40 coups de téléphone plus tard, demandés de partout, on est remontés à Paris, et on a joué ce spectacle plus de 600 fois.

Bon début de carrière ! Ça n’a pas été trop difficile de garder le haut de l’affiche, de gérer les moments de « creux » ?

Comme pour tout le monde dans ce métier, il y a eu des creux. Parfois, j’ai eu des doutes sur mon avenir car même si je travaillais beaucoup, j’avais du mal à envisager le futur. J’ai même envisagé de quitter ce métier. Ce qui a contribué à ce que je continue, c’est l’appel d’un homme que je connaissais depuis longtemps. L’état était en train de créer une troupe permanente, une sorte de mini Comédie Française ouverte aux jeunes comédiens issus du conservatoire. Il voulait que j’en sois. Cela m’a « repêché ». J’y suis resté 4 ans. À la sortie, je contacte Pierre Dux, l’administrateur de la Comédie Française, pour lui demander de rentrer au Français. Il me dit qu’il n’y pas de place disponible mais que dès que possible il me recontacte. Deux ans plus tard, Pierre Dux me rappelle et me propose un contrat à la Comédie Française. J’ai signé et j’y suis resté 9 ans, jusqu’en 86.

Comment tu t’es retrouvé à faire des voix ?

C’est Michel Duchaussoy qui m’en a parlé le premier. Pendant une représentation de théâtre, juste avant d’entrer sur scène, il me dit « tu fais des voix off pour la pub, toi ? ». Je lui réponds que non, mais que je ne serais pas contre ! Un jour, je reçois un coup de téléphone d’une dame qui me propose de faire une voix off pour un spot Peugeot. J’ai fait la séance, en trouvant ça un peu compliqué. Autant dire que c’’était un autre métier ! Et puis de séance en séance, j’ai fini par comprendre les codes de la pub. Le bouche à oreille a fait son œuvre. Les producteurs de pubs commencent à parler de moi, «une voix nouvelle etc…». J’ai commencé à en enregistrer pas mal. C’était vers 83, 84, je faisais 2 à 3 séances par jour, en plus du théâtre. Et aujourd’hui, en plus des voix off pub, même si j’ai calmé le rythme, je fais pas mal de voix off pour des reportages ou documentaires.

Tu as 66 ans. Tu n’es pas censé être à la retraite !?

Mais je suis à la retraite ! Administrativement parlant ! Mais je ne supporte pas de ne rien faire. Déprimer chez moi, jamais ! Je suis à la retraite depuis 6 ans mais en fait, je travaille autant qu’avant.

Est-ce que tu estimes avoir de la chance de vivre de ce métier ? Même si je sais que tu as beaucoup travaillé…

Quand je vois mes élèves, je trouve qu’ils ont peu de connaissance, peu de savoir et de savoir faire. Mais ils veulent tous être connus ! Je leur dis qu’il va aussi falloir réussir à manger, à se loger, à avoir des enfants… à vivre en somme. Avec ce métier au combien difficile, je leur dis « vous prenez un risque énorme ». Alors moi, j’ai beaucoup bossé, je me suis dis qu’il fallait savoir tout jouer, des plus grands classiques aux trucs les plus modernes pour pouvoir durer, et c’est ça le plus difficile. Au début, quand tu es jeune et beau, tu peux toujours trouver quelque chose à jouer, mais le temps passe… et là….
Mais je crois tout de même à une certaine chance, la chance des rencontres, Jean Anouilh en fait partie, et Pierre Dux bien sûr… Tu sais, c’est Louis Jouvet qui disait : « pour réussir, c’est 80% de travail, 20% de talent et 100% de chance ! ».
Aujourd’hui, parmi les gens qui ont fait le Conservatoire, il n’en reste que 10 % qui vivent de ce métier. Tous les autres font autre chose.

Tu as des regrets ou des manques ?

Non. Pas vraiment. J’aurais peut-être aimé faire un peu plus de cinéma, j’en fais régulièrement : j’ai travaillé avec Depardieu, Daniel Auteuil, Jean Rochefort, Pierre Mondy, Fabrice Lucchini. Mais un peu plus de cinéma et de télé, ça me plairait bien.
J’essaierais bien la mise en scène.

Tel qu’on te connait on se dit que c’est peut-être pour demain !!! Merci Joël. Et à très vite.

Après avoir été à l’affiche d’Au bonheur des Ogres au cinéma et sur la scène du Théâtre Antoine aux cotés de Fabrice Lucchini dans une pièce de Florian Zeller «Une heure de tranquillité», il va rejoindre Claude Rich pour jouer «La Tempête» de Shakespeare. Du lourd on vous dit !