Benoît

Allemane

Ma voix est rassurante

Si, en France, Morgan Freeman possède le charisme qu'on lui connaît, on peut dire sans prétention que Benoit y est « un peu » pour quelque chose.

Une voix de baryton qui résonne jusqu'au plus profond de votre inconscient.

Oui ! Celle-là même !

La voix du Père Noël !

S'il campe si bien cette voix qui tapisse le doux cocon de notre plus tendre enfance, c'est que nous le soupçonnons fortement d'être le Père Noël déguisé en comédien voix-off.

Chaque séance avec Benoit est un vrai cadeau, pour nos clients et pour nous.

Sa hotte à lui est pleine de merveilles vocales tant il y met son cœur.

Une générosité, une gentillesse et une humilité au service d'une efficacité redoutable font de Benoit Allemane un comédien hors pair.

INTERVIEW

Bonjour Benoît, tu peux en quelques mots nous raconter ton parcourt professionnel ?

C’est simple, j’étais un étudiant qui ne foutait rien à l’école, à 16, 17 ans. J’ai commencé à faire du théâtre amateur et à 18 ans je suis rentré à l’école nationale de théâtre de Strasbourg et je suis devenu comédien, et maintenant ça fait 52 ans que j’ennuie tout le monde... ha ha ha !!

« Tu montes à Paris » comme on dit, et là comment cela se passe ?

C’est ça, j’arrive en 65, et à l’époque les théâtres nationaux nous informaient quand ils faisaient des auditions pour leurs spectacles. On y allait et on pouvait trouver du boulot.

Comment es-tu passé du théâtre aux voix off ?

J’ai fait partie d’une école où l’on nous a permis très vite d’aborder la radio. C’était l’ORTF.
A l’époque, on travaillait au micro pour faire des dramatiques, dire des textes etc. Tout cela en parallèle du travail au théâtre.
J’ai commencé les voix off de pubs dans les années 67, 68 au moment où de petites sociétés de production ont commencé à réaliser des spots de pub. Car avant ça, seules les régies rattachées aux radios enregistraient les pubs, Régie 1 pour Europe 1, IP pour RTL. Là, j’ai tout simplement démarché les studios et les agences. Il faut dire que c’était la mode des voix graves, c’était donc plutôt bon pour moi !

Tu es une des voix emblématiques du doublage en France. Comment tout ça a commencé ?

C’était en 67. J’étais tellement paniqué par le coté technique du doublage et en même temps tellement admiratif de ceux qui faisait ça si bien et si facilement que j’en ai fais très peu et j’ai disparu ! Pendant 10 à 15 ans, j’en ai pratiquement pas fait. En fait, je trouvais ça trop difficile. Il faut vraiment être comédien pour doubler un personnage, moi je venais du théâtre, où on répète, on prend son temps de bien faire les choses, là il fallait être bon tout de suite, sans réfléchir. Et en plus on ne peut pas jouer comme on veut. Il faut absolument coller au jeu d’un autre comédien, il faut jouer exactement comme lui... Un jour en 79, quelqu’un m’a appelé, j’ai essayé à nouveau, et à force de travail c’est reparti. Et j’ai plus arrêté !

Théâtre, radio, pub, doublage... tu fais vraiment de tout !

J’ai pratiquement toujours fais de tout, tout le temps et en même temps. Je n’ai pas de période plus doublage ou plus pub. J’ai joué dans 53 pièces et en même temps j’enregistrais des pubs, des habillages, je doublais des films. En fait tout ce qui m’amuse, je le fais, c’est aussi simple que ça.

Ton plus beau souvenir, toute discipline confondue ?

Ah ! c’est une pièce de Peter Ustinov : « Le soldat inconnu et sa femme », mis en scène par Peter Ustinov lui même... ça c’est un grand souvenir.

Tu trouves que ces métiers ont changé ?

Dans le doublage, pas mal oui, il faut aller toujours plus vite. Les conditions de travail sont différentes. Pour des raisons de coût, maintenant on travaille le plus souvent seul ou à deux comédiens et c’est vrai que c’est moins amusant, mais bon c’est comme ça !

Ce qui me gêne un peu plus, en revanche, c’est qu’on voit arriver dans le métier, que ce soit dans la pub ou le doublage, des gens qui ne sont pas comédiens. On me demande souvent comment il faut faire pour faire des pubs ou du doublage, et quand je leur demande s’ils sont comédiens ils me disent « non ». Alors je les encourage à prendre des cours de comédie. Je ne les accable pas, mais selon moi c’est la chose la plus importante : être comédien et savoir jouer. Même dans une voix off pub ou un documentaire ! Une pub, c’est un mini scénario, si on veut faire passer quelque chose, une émotion, de l’humour et bien sur un message commercial, il faut commencer par là. Parce que si c’est mal joué, ça ne marche pas.

Une demande ou une question qu’on te pose souvent ?

Parfois on m’appelle et on me dit « vous pourriez nous enregistrer tel ou tel texte avec la voix de Morgan Freeman » et là je dis « … mais... heu... il a sa voix Morgan Freeman ! La c’est ma voix à moi. Alors… je joue le même texte, le plus fidèlement possible par rapport au comédien d’origine, quel qu’il soit ».

Pour finir, dans tout ce que tu fais, la discipline que tu préfères ?

Le théâtre sans aucun doute. Avec le public tu sais tout de suite si tu es bon ou pas. La réponse est instantanée, les rires, les réactions, les applaudissements... Le public change tous les soirs, et tous les soirs il faut être performant et bon.
Le public c’est le plus important, il a payé sa place, on ne peut pas le décevoir.